Mon dentiste est un baroudeur

Un peu courbé en deux par l’âge, un peu radotant, mais aux doigts d’or quand il se met à inventer d’ingénieuses prothèses qu’il fabrique avec trois francs, six sous.
Plus jeune, il naviguait, assistée de son épouse, qui va où il va. Aujourd’hui, ils se contentent de voyager.
Il connaît bien toute l’Afrique centrale et, ces dernières années, il a parcouru la Scandinavie. Il met un point d’honneur à apprendre la langue des pays qu’il découvre. Pour mieux découvrir la culture et les habitants.

C’est lui qui m’a conseillé la lecture de « Master and Commander », de Patrick O’Brian, récit très enlevé mais sensible et reflet d’une époque, celle où les navires de la Royal Navy de l’amiral Nelson chassaient leurs ennemis français et espagnols sur  les mers du globe.

Et, comme j’aime ça, je le lis en anglais.

roald1« Shall I send the hands to dinner, sir? » asked James Dillon when Jack was aboard again.
‘No, Mr Dillon. We must profit by this wind. Once we are past the cape they may go below. Thoses guns are breeched and frapped?’
‘Yes, sir.’
‘Then we will make sail. In sweeps. All hands to make sail.’
The bosun sprang his call and hurried away to the fo’c’sle amidst a great rushing of feet and a good deal of bellowing.
‘Newcomers below. Silence there.’ Another rush of feet. The Sophie’s regular crews stood poised in their usual places, in dead silence. A voice on board the Généreux a cable’s length away could be heard, quite clear and plain, ‘Sophie’s making sail.’

She lay there, rocking gently, out in Mahon harbour, with the shiping on her starboard beam and quarter and the brilliant town beyond it. The breeze a little abaft her larboard beam, a norhterly wind, was pushing her stern round a trifle. Jack paused, and as it came just so he cried, ‘Away aloft’. The calls repeated the order and instantly the shrouds were dark with passing men, racing up as though on their stairs at home.
‘Trice up. Lay out.’ The calls again, and the topmen hurried out on the yards. They cast off the gaskets, the lines that held the sails tight furled to the yards; they gathered the canvas under theirs arms and waited.
‘Let fall.’ came the order, and with it the howling peep-peep, peep-peep from the bosun and his mates.

(…) She was under way and all along her her side there sang a run of living water. Jack and his lieutenant exchanged a glance: it had not been bad (…). »

Patrick O’Brian, Master and Commander, W. W. Norton & Company

« Puis-je autoriser les hommes à dîner, monsieur ? demanda James Dillon quand Jack eut rembarqué.
– Non, Mr Dillon. Nous devons tirer avantage de ce vent. Lorsque nous aurons passé le cap, les hommes pourront descendre. Ces pièces sont-elles arrimées comme elles le méritent ?
– Oui, monsieur.
– Alors nous allons mettre à la voile. Embarquez les avirons !
Tous les hommes pour mettre à la voile ! »
Le bosco lança son appel et fonça vers le gaillard d’avant, au milieu du vacarme de la course et de pas mal de beuglements.
« Les nouveaux venus, en bas ! Silence, là-bas ! » Une autre ruée, assourdissante. Les hommes de l’équipage régulier de la Sophie occupaient leurs postes habituels, dans un silence de mort. On entendit une voix, à bord du Généreux, à une encablure de là, parfaitement claire et nette : »La Sophie met à la voile. »

Elle se balançait doucement, à la limite du port de Mahon, le shipping sur ses travers et hanche tribord, la ville étincelante au-delà. La brise du nord, un peu en arrière de son travers bâbord, fit très lentement pivoter sa poupe. Jack attendit. Lorsqu’elle fut dans la bonne position, il cria : »Hissez tout ! » Les sifflets firent passer son ordre. Les haubans se couvrirent de marins qui se précipitaient vers le haut des mâts aussi facilement que s’ils empruntaient un escalier.
« Relevez ! Abattez ! » Encore le sifflet, et les hommes des manoeuvres hautes se jetèrent sur les vergues. Ils dénouèrent les rabans de chanvre, ces cordages qui maintiennent les voiles serrées aux vergues. Ils retinrent la toile sous leurs bras et attendirent.
L’ordre vint enfin –  « Lâchez tout ! » – suivi des coups de sifflet stridents du maître d’équipage et de ses aides.

(…) Elle était en route. Sous son flanc retentit le chant de l’eau vive. Jack et son lieutenant échangèrent un regard. Ce n’était pas trop mal. (…) »

Patrick O’Brian, Maître à bord, traduction Hubert Prolongeau, Editions Omnibus

Illustration : Brigg Roald Admunsen

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