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Archives Mensuelles: septembre 2014

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Dimanche, lever aux aurores

 

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Belle journée en perspective pour une randonnée…

 

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… aux bords de l’Ain, mais côté Jura. Le point de départ est à 460 mètres d’altitude.

 

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Tout de suite, ça monte sec pendant deux heures, ensuite on chemine le long des crêtes. On redescend un peu et pause déjeuner au pied des ruines du château d’Oliferne.
Puis on grimpe jusqu’au château, à 810 mètres. Mes jambes refusent l’obstacle des derniers escarpements et je reste près de l’enceinte fortifiée.

 

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Voilà ce que l’on peut voir depuis le nid d’aigle d’Oliferne

 

Enfin, on prend le chemin du retour, qui ne devrait être qu’une longue redescente par des chemins abrupts et caillouteux.

Mais voilà que les signes tracés ne concordent plus et nous envoient vers le Nord alors que notre but est au Sud ; nous suivons la piste dans un sens, puis renonçons et devons remonter. Nous essayons une autre direction mais ce n’est pas la bonne non plus.

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Longue halte-discussion autour de la carte, chacun donne son avis. Autour, les arbres débordent d’une mousse qui se déchire en lambeaux et donne au coin comme un air de bayou.

 

Nous repartons non sans avoir envoyé deux éclaireurs vers l’avant. Nouvelle halte pour laisser souffler les plus fatigués, dont moi, novice qui n’ai jamais arpenté que les sentiers d’Ile-de-France ou de Bretagne, beaucoup plus plans…

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Bonne nouvelle, les éclaireurs ont retrouvé le tracé, il reste une heure à marcher vers le village de rendez-vous, Coisia.

 

A l’arrivée, harassé, le groupe s’attable sous la tonnelle d’un petit bar, dont le patron fait d’abord l’oeil courroucé devant les commandes désordonnées puis s’attendrit et tout en chantant des airs d’opérette vers les dames, cueille des raisins muscat de sa vigne et les offre à qui veut bien.

 

llustrations 1 et 2 : Ruines du château d’Oliferne et panoram, pillées sur Panoramio (renseignements complémentaires disponibles)
Illustration 3 : Eglise de Coisia, photo François Bonneville

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son cœur se brise,
son cœur de sucre et de verveine.
oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie. »

Federico García Lorca, Romancero gitan, traduit par Armand Guibert

Version originale La monja gitana
Illustration  : piquée à l’atelier d’enluminures d’Aline Bonafoux à Montpellier.

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« Silencio de cal y mirto.
Malvas en las hierbas finas.
La monja borda alhelíes
sobre una tela pajiza.
Vuelan en la araña gris
siete pájaros del prisma.
La iglesia gruñe a lo lejos
como un oso panza arriba.
¡Qué bien borda! ¡Con qué gracia!
Sobre la tela pajiza
ella quisiera bordar
flores de su fantasía.
¡Qué girasol! ¡Qué magnolia
de lentejuelas y cintas!
¡Qué azafranes y qué lunas,
en el mantel de la misa!
Cinco toronjas se endulzan
en la cercana cocina.
Las cinco llagas de Cristo
cortadas en Almería.
Por los ojos de la monja
galopan dos caballistas.
Un rumor último y sordo
le despega la camisa,
y, al mirar nubes y montes
en las yertas lejanías,
se quiebra su corazón
de azúcar y yerbaluisa.
¡Oh, qué llanura empinada
con veinte soles arriba!
!Qué ríos puestos de pie
vislumbra su fantasía!
Pero sigue con sus flores,
mientras que de pie, en la brisa,
la luz juega el ajedrez
alto de la celosía. »

La monja gitana, Federico García Lorca, Romancero gitano (1924-1927)

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Illustration 1 : Carte autographe de Federico García Lorca
Illustration 2 : Dessin de Federico García Lorca

Texte traduit en français.

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« Pauline ne voyait aucune incohérence dans ce double flux de pensées – frémir à l’idée des crimes de l’Eglise catholique et brûler d’envie de recevoir ses dignitaires avec tout le cérémonial adéquat. Elle était habituée à ces prompts ajustements, et fière de faire cabrioler dans sa tête des catégories entières d’idées contradictoires avec autant de dextérité que des groupes d’acrobates dans un cirque ambulant. Et bien entendu, si le cardinal venait chez elle, elle lui manifesterait son indépendance d’esprit toute américaine en invitant également l’évêque de New-York – de sa paroisse épiscopalienne -, peut être le grand rabbin, qui était aussi de ses amis, et certainement ce merveilleux « Mahatma » très calomnié, auquel elle continuait de croire avec ferveur…

Mais ce nom arrêta ses raisonnements. Oui, sûrement, elle croyait au « Mahatma ». Elle avait toutes les raisons d’y croire. Debout devant les trois panneaux du grand miroir de son dressing-room, elle tourna le regard vers son immense salle de bains (…) et songea avec gratitude que c’était indubitablement les exercices rythmiques du « Mahatma » (il les appelait « sainte extase ») qui avaient réduit le volume de ses hanches alors que toutes ses autres tentatives avaient échoué. Et dans le fichier bien tenu de son esprit, elle mettait sa gratitude pour la réduction de ses hanches exactement au même plan que sa foi enthousiaste envers les enseignements mystiques du Maître sur l’Annihilation de Soi, l’Existence antérieure et les Affinités astrales… Tout cela était tellement incompréhensible et tellement pur… ».

Edith Wharton, Les New-Yorkaises, traduit de l’anglais par Jean Pavans
Illustration : The Gilded Age Madison Square Park and Fifth Avenue Hotel, Byron Co. Collection/Museum of the City of New York

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Chaque fois que je passe devant le joli cimetière à l’entrée de Brénod en allant voir ma soeur, je me dis que j’aimerais y être enterrée.

Plutôt petit, presque carré, il est entouré de murs de deux mètres de haut, et légèrement surélevé, on y accède par trois marches. Pas loin, il y a les étangs Marron, encore sauvages et en levant la tête, on peut voir le bienveillant Montoux.

Alors bien sûr, quand j’arriverais, les autres ne seraient pas d’accord. Ils commenceraient par me battre froid. Je ne suis pas du coin.

Née à Marseille, j’ai vécu dans les Bouches du Rhône mon enfance, dans le Gard mon adolescence, et jeune adulte je suis partie pour Paris, comme on disait et faisait alors. J’ai essayé de m’installer en Normandie, mais la vie en a décidé autrement. Et puis, j’ai quitté grands enfants et amis parisiens pour m’installer ici, dans le premier des départements.

Donc, comme je viens d’ailleurs, les autres habitants de ce coin tranquille ne me verraient pas arriver d’un bon oeil.
Moi, maligne, je me ferais toute petite, les saisons passant, je me rétrécirais. Et puis je me garderais bien de parler.
J’essaierais de me faire oublier, quoi !
Bien sûr, lors des inévitables 1er novembre, j’aurais un peu de visite, mes fils, mes neveu et nièces peut être… mais les autres aussi, et j’espère qu’ils ne remarqueraient rien.

Au bout de trois ou quatre ans, cinq peut être, j’essaierais de lier conversation. Et pour inspirer confiance, je leur dirais, aux paysans du coin et à leurs femmes et leurs enfants que mes grands-parents sont nés en France de justesse, de parents italiens tous les deux.
Même que quand elle était petite, ma mère au patronyme trop marqué se faisait traiter de « sale ritale » à l’école. Et que la Savoie et l’Italie, n’est ce pas…
Mais ils me répondraient sûrement que l’Ain, ce n’est pas la Savoie, qu’on ne plaisante pas avec ça.

Alors, pour les convaincre, je leur parlerais comme on parle à tous ceux qui aiment quelque chose. Nuit après nuit, je leur poserais des questions sur le travail du bois,  la rudesse du climat,  la montagne, la confection du comté, la neige. Mais surtout, nuit après nuit, je me tairais pour les écouter parler, évoquer leurs souvenirs, raconter leur jeunesse, les moments difficiles et les joies frustes. Et alors, viendrait un moment où ils m’appelleraient par mon petit nom, et me diraient « tu ».  Après, ils me demanderaient parfois mon avis, dans les grandes conversations des longues nuits d’été.

Alors là, je saurais que j’ai gagné le droit à ma place et que je pourrais reposer en paix, dans mon petit cimetière entre étangs Marron et bienveillant Montoux.

Illustration : les étangs Marron près de Brénod et le Montoux.