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Archives Mensuelles: septembre 2014

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Je suis fascinée par la beauté des paysages de P’tit Quinquin, série de Bruno Dumont sur Arte.

paysages vastes et ordonnés, calmes et sereins, sous la lumière froide et belle du Nord.

paysages contrastant avec les gueules accidentées – celles du commandant Van der Weyden agité de tics, de son acolyte, le lieutenant Carpentier ou le bec de lièvre et l’appareil auditif qui font une face de boxeur patenté au p’tit Quinquin – ou les visages absents, inexpressifs – ceux d’Eve et de sa soeur, ou encore du bedeau ou de monsieur Lebleu, l’époux de la première victime.

j’ignore si ces deux géographies contraires sont voulues.

je sais en revanche que Dumont a filmé à Ambleteuse et Audresselles, avec les habitants de ce village de pêcheur de la côte d’Opale.


P’tit Quinquin, série en quatre épisodes de Bruno Dumont, diffusée sur Arte les 18 et 25 septembre, à revoir sur Arte 7

Illustration : L’estuaire de la Slack à Ambleteuse, photo empruntée au site Chat pitre du chat mot

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C’est difficile !
il y a toujours trop de soleil ou pas assez et les vaches refusent de former des motifs intéressants

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les agneaux, gentiment, prennent la pose pour un tableau vivant

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– mais rien à voir avec la Ricotta de PPP
la course des nuages, ça a déjà été beaucoup fait !

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la macro, c’est bien, mais si ce n’est pas très bien, c’est moyen

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 alors, un peu découragée, je pose mon appareil pour regarder les photos des autres…

KunstformenderNatur_ErnstHaeckel_CecileBeau01bPhoto : Cécile Beau, extraite de l’exposition Substrat, 11 sept.-01 nov. 2014, Paris 20e. 22,48m2

Les mots de la musique, la musique des mots…
Entendre d’abord la musique des mots sans celle de l’oeuvre.
Ecouter ensuite l’extrait et se laisser emporter.
Recommencer avec les mots pour guides et découvrir alors de nouvelles facettes.

L'oreille hantée

Quatre derniers Lieder, les quatre derniers gestes de Richard Strauss au bout d’un long voyage – Le bouquet final du Lied allemand est une exubérance de couleurs – Lâcher prise sur le seuil de la mort – Accepter ce qui arrive – Ne plus opposer d’intention au monde, se laisser envahir par lui, se laisser déborder – Hors des « sombres caveaux », aller vers Frühling : l’être-printemps – L’étant-printanier – L’abandon par les sens au bouillonnement de vie – Le flux bouillonnant de vie irriguant les veines du monde naturel – Engouffrement, par le truchement des sens, du flux torrentiel et suave jusqu’au fond de l’être exposé à lui – Le paysage comme flux pénétrant – Orchestration du rapport sujet /monde ou figure/paysage à travers le rapport voix/instrument(s) – La voix soliste, porteuse du langage, expression du Je, du sujet – Sa ligne nue et concentrée littéralement immergée…

Voir l’article original 213 mots de plus

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rien de tel qu’une bonne tasse de thé pour favoriser la songerie…

ainsi me revient à l’esprit le passage de Là-bas lu hier avant le sommeil : Huysmans réussit à mêler une histoire d’amour d’abord épistolaire à une enquête pleine d’élucubrations et supputations sur le satanisme, ses incubes et ses succubes.

je me demande si, à l’époque de sa parution, le livre a encouru les foudres de la censure ou au moins, du bon goût ?

JKH n’hésite devant presqu’aucun détail et livre les dessous d’une tumultueuse liaison entre son héros, Durtal, et l’épouse jusqu’alors inaccessible à ses yeux d’une des connaissances chez qui il a accoutumé de faire salon.

en même temps, comme il a entrepris d’écrire une nouvelle biographie de Gilles de Rais et qu’il se documente sur les pratiques satanistes encore actuelles, il en vient à suspecter sa désormais maîtresse d’être nuitamment visitée par des incubes…

je suppute que je trouve dans ces lignes un deuxième degré qu’Huysmans n’y a pas mis ; cependant, ses notations sur la relation charnelle sont pleines parfois d’une franchise moins misogyne que naïvement bourrue.

Paravent à trois feuilles avec grue, faisans et oiseaux, canards et papillons, 1889 - Pierre Bonnard

peut être Hyacinthe Chantelouve,  la maîtresse de Durval, se sera t elle dévêtue derrière ce paravant ?

« Chantelouve se leva et, avec un vague ricanement, il s’excusa d’être obligé de continuer son oeuvre. Il serra la main de Durtal, le pria de ne plus se montrer si rare et, ramenant les pans de sa robe de chambre sur son ventre, il quitta la place.

Elle le suivit des yeux, se leva, à son tour, s’en fut jusqu’à la porte, s’assura, d’un coup d’oeil, qu’elle était close, puis elle revint sur Durtal, adossé à la cheminée et, sans prononcer un mot, elle lui prit la tête entre les mains, posa les lèvres sur sa bouche et l’ouvrit.

Il gémit furieusement. »

Joris-Karl Huysmans, Là-bas

Illustration 1 : The Nightmare » par Johann Heinrich Füssli — wartburg.edu. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.
Illustration 2 : Pierre Bonnard, Paravent à trois feuilles avec grue, faisans et oiseaux, canards et papillons, 1889 Détrempe sur toile © DR © ADAGP, Paris 2013

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… j’étais en train de songer au député Thévenoud, dernier scandale en date de notre classe politique qui n’aura bientôt plus rien à envier à l’école berlusconienne.

Le téléphone sonne, c’était ma bonne et fidèle amie, Anna Ème qui voulait prendre de mes nouvelles et me donner des siennes.

Entre autres choses, voilà qu’elle me raconte qu’elle a vendu son bijou de longère normande, achetée sur un coup de coeur alors qu’elle était très amoureuse de celui qui allait devenir son mari. A l’époque, ce poète avait eu l’idée de fleurir les talus des chemins qui menaient vers la chaumière élue.

Depuis qu’il avait non seulement abandonné poésie et jardinage pour d’autres chimères, mais encore son épouse pour d’autres Chimènes, Anna s’était déprise de la Normandie et de sa longère. Qu’elle venait donc de vendre.
Avec une sérieuse moins-value et des déboires avec les locataires, qui se trouvaient être aussi les acheteurs.

Les tractations s’éternisaient et les locataires avaient tout bonnement cessé de payer leur loyer à compter de la date de prise d’effet du préavis : il ne leur était pas venu à l’esprit que leur proposition d’achat ne les exemptait pas de s’acquitter de leur dû jusqu’à la vente ferme.

Après de nombreux rappels à l’ordre du clerc de notaire, ils s’étaient mollement fendus d’un chèque du montant du loyer pour le premier mois. Restaient quatre mois non réglés. Il avait fallu qu’à la fin Anna menace d’annuler la vente pour que les acheteurs versent la somme au notaire, lors de la signature définitive.
Elle trouvait, disait-elle, incroyable que l’acheteur, producteur de lait, premier adjoint au maire local et président de la fédération de chasse régionale, risque sa réputation pour quelques piécettes d’euros !

En raccrochant, je me dis que la longère normande d’Anna porte malheur…et je me demande si Thévenoud possède une résidence secondaire ?

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Illustration 1 : Oeuvre de Cecilia Levy : http://www.cecilialevy.com
Illustration 2 : La longère d’Anna, avant qu’elle ne s’en sépare (photo Anna Ème)

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… dont l’alter ego Durtal « exècre (s)on temps » autant que les autres « l’adorent »,  je me demande ce qu’il aurait écrit sur Jeff Koons ?

 » (…) et ce cri d’admiration qu’il avait poussé, en entrant dans la petite salle du Musée de Cassel, il le hurlait mentalement encore, alors que, dans sa chambre, le Christ se dressait, formidable, sur sa croix, dont le tronc était traversé, en guise de bras, par une branche d’arbre mal écorcée qui se courbait, ainsi qu’un arc sous le poids du corps.

Cette branche semblait prête à se redresser et à lancer par pitié, loin de ce terroir d’outrages et de crimes, cette pauvre chair que maintenaient, vers le sol, les énormes clous qui trouaient les pieds.

Démanchés, presque arrachés des épaules, les bras du Christ paraissaient garrottés dans toute leur longueur par les courroies enroulées des muscles. L’aisselle éclamée craquait ; les mains grandes ouvertes brandissaient des doigts hagards qui bénissaient quand même, dans un geste confus de prières et de reproches ; les pectoraux tremblaient, beurrés par les sueurs ; le torse était rayé de cercles de douves par la cage divulguée des côtes ; les chairs gonflaient, salpêtrées et bleuies, persillées de morsures de puces, mouchetées comme de coups d’aiguilles par les pointes des verges qui, brisées sous la peau, la dardaient encore, çà et là, d’échardes.

L’heure des sanies était venue ; la plaie fluviale du flanc ruisselait plus épaisse, inondait la hanche d’un sang pareil au jus foncé des mûres ; des sérosités rosâtres, des petits laits, des eaux semblables à des vins de Moselle gris, suintaient de la poitrine, trempaient le ventre au-dessous duquel ondulait le panneau bouillonné d’un linge ; puis, les genoux rapprochés de force heurtaient leurs rotules, et les jambes tordues s’évidaient jusqu’aux pieds qui, ramenés l’un sur l’autre, s’allongeaient, poussaient en pleine putréfaction, verdissaient dans des flots de sang. Ces pieds spongieux et caillés étaient horribles ; la chair bourgeonnait, remontait sur la tête du clou et leurs doigts crispés contredisaient le geste implorant des mains, maudissaient, griffaient presque, avec la corne bleue de leurs ongles, l’ocre du sol, chargé de fer, pareil aux terres empourprées de la Thuringe.

Au-dessus de ce cadavre en éruption, la tête apparaissait, tumultueuse et énorme ; cerclée d’une couronne désordonnée d’épines, elle pendait, exténuée, entr’ouvrait à peine un oeil hâve où frissonnait encore un regard de douleur et d’effroi ; la face était montueuse, le front démantelé, les joues taries ; tous les traits renversés pleuraient, tandis que la bouche descellée riait avec sa mâchoire contractée par des secousses tétaniques, atroces.

Le supplice avait été épouvantable, l’agonie avait terrifié l’allégresse des bourreaux en fuite.

Maintenant, dans le ciel d’un bleu de nuit, la croix paraissait se tasser, très basse, presque au ras du sol, veillée par deux figures qui se tenaient de chaque côté du Christ : — l’une, la Vierge, coiffée d’un capuce d’un rose de sang séreux, tombant en des ondes pressées sur une robe d’azur las à longs plis, la Vierge rigide et pâle, bouffie de larmes qui, les yeux fixes, sanglote, en s’enfonçant les ongles dans les doigts des mains ; -l’autre, saint Jean, une sorte de vagabond, de rustre basané de la Souabe, à la haute stature, à la barbe frisottée en de petits copeaux, vêtu d’étoffes à larges pans, comme taillées dans de l’écorce d’arbre, d’une robe écarlate, d’un manteau jaune chamoisé, dont la doublure, retroussée près des manches, tournait au vert fiévreux des citrons pas mûrs. Epuisé de pleurs, mais plus résistant que Marie brisée et rejetée quand même debout, il joint les mains en un élan, s’exhausse vers ce cadavre qu’il contemple de ses yeux rouges et fumeux et il suffoque et crie, en silence, dans le tumulte de sa gorge sourde. »

Joris-Karl Huysmans, Là-bas

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Illustration 1 : « Mathis Gothart Grünewald 058 » par Matthias Grünewald — The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons –

Illustration 2 : Jeff Koons, Sculpture.