Balade… avec une seule aile

Renault_4L_019
« Les voitures (entre parenthèses)

J’ai abandonné les transports en commun lorsque les trajets professionnels sont devenus trop pénibles et l’usage de la voiture a été l’occasion d’une succession de moments parfaitement heureux (Paris en voiture me paraissait parfaitement magnifique, malgré une désorientation totale qui compliquait singulièrement mes trajets, et j’ai même été escortée par un flic qui terminait son service , apitoyé de me voir tourner sans fin à la recherche de mon domicile) et de moments très pénibles, lorsque j’ai dû affronter la violence autoroutière et la dimension exclusive de ce toboggan à vitesse où il n’était pas question de régler son allure à l’humeur du moment ou de bifurquer lorsqu’on le souhaitait.
Se sont succédé une Austin Mini d’occasion orange vive d’allure et de ton, une autre Mini, toujours d’occasion marron glacé qui a rapidement rendu l’âme, une 4JL neuve, rose indien, qui a bravement fait ses deux tours de compteur entre les cités de transit et les barres HLM. Une Visa blanche a joué elle aussi son rôle émancipateur au moment d’un changement de travail et surtout d’un nouvel amour. Je l’ai achetée dans un grand garage place Etienne-Pernet dans le XVe où j’ai eu la chance d’être prise en charge par un vendeur charmant qui a compris rapidement le problème, cliente fauchée et born again. Je tremblais de tous mes membres en sortant la voiture du garage pour me lancer dans la circulation parisienne qui s’était terriblement densifiée, tandis que je restais la même, étourdie, facilement désorientée, mais plus décidée que jamais à ne pas me laisser marcher sur les pieds ni dans les transports en commun ni professionnellement. Une grosse Ford a clos la liste, elle me conduisait plus que je ne la conduisais et tant mieux.
J’ai quitté, je pense définitivement, l’idée et l’envie d’avoir une voiture, pour des raisons que tous les Parisiens connaissent, le temps de la balade automobile en ville étant tout à fait révolu. J’aurai beaucoup aimé circuler à Paris avec une petite voiture qui se faufile et énerve tout le monde, comme on le fait maintenant avec les vélos, la ville était belle, je ne voyais qu’elle, je pouvais chanter à tue-tête, fumer, crier des injures. Avoir un autoradio a été une fête,  la nuit était particulièrement attirante, les lumières bien sûr, surtout aller sans nécessité de l’une à l’autre, comme une phalène, claquer une portière, allumer une clope. Zou. »

Jane Sautière, Stations (entre les lignes)


Illustration : 4L parisienne, entendue vrombir chez La Revue automobile

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1 commentaire
  1. Les voitures forment à elles seules une sorte d’Assemblée nationale (jusqu’à leur future interdiction dans le centre de Paris). Il nous restera toujours leur image.

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