La réponse de Signalesse

ambianceferroviairehelvéticogermanique

(Si vous avez raté le train, c’est ici !)

 

« – Eh bien… c’est que vous avez tendance à vous mettre tellement en colère que…

– Pfuuhh ! Ce n’est que ça… Ha ha ha… Mais non, vous n’avez aucun souci à vous faire ! Tout va très bien ! Je ne suis pas le moins du monde en colère, comprenez-vous… Si c’était pour vous, que l’on m’extirpe mes lunettes, que l’on m’arrache mes bras, que l’on me jette au fond d’un marais, et tout de même, je ne vous en voudrais pas du tout !

– C’est vrai ? Que je suis heureuse…

– Je vous en prie, aimez-moi ! Oui, dites-moi que vous m’aimez !

A cet instant, le mince croissant de lune se trouvait exactement entre les nuages et la crête des montagnes. Signaleur était blême, son teint était devenu grisâtre comme celui d’un fantôme et il reprit :

« De nouveau, vous ne dites rien. Il n’y a pas de doute, vous ne m’aimez pas ! Je n’ai plus d’autre solution, il ne me reste que le volcan, le déluge ou le vent pour en finir !

– Mais non, vous vous trompez…

– Eh bien quoi… Dites-le, dites-le donc !

– C’est à dire que depuis très très longtemps, je ne pense qu’à vous…

– C’est vrai ? C’est vraiment vrai ? Vrai de vrai ?

– Oui…

– Mais c’est extraordinaire alors ! Promettez-moi de m’épouser !

– C’est que…

– Il n’y a ni que ni quoi! Dès le printemps, nous demanderons aux hirondelles de faire connaître à tout le monde que nous nous marions ! Allons, promettez-le moi ! »

Kenji Miyazawa, Signaleur et Signalesse in Le Diamant du Bouddha


Illustration : Ambiance ferroviaire helvético-germanique, depuis http://vieille-europe.skyrock.com/30.html

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2 commentaires
  1. Et ils vécurent heureux, et ils eurent beaucoup d’enfants…

    Métaphore de ce qui nous attend avec la convergences des technologies de pointe comme la biologie synthétique, les nanotechnologies et la cybernétique qui engendreront des machines plus performantes que nous et de plus ou plus autonomes jusqu’à se réparer et s’entretenir elles-mêmes jusqu’au jour où par mimétisme des humains, elles feront comme les poteaux signalétiques de la fable et désireront s’aimer, s’accoupler et faire plein de petites machines qui envahiront le monde, trouveront que dans l’évolution, l’humain a fait son temps, qu’il est devenu inutile et même nuisible et qu’il vaut mieux s’en débarrasser en conservant tout de même quelques exemplaires dans une banque de données ou dans un zoo que les machines viendront visiter le dimanche, etc, etc….

    • oui mais laissons-nous rêver un peu.
      rêver à l’époque où K. Miyazawa, agronome qui a senti la fibre poétique croître en lui, écrivait ces lignes.
      confronté à la dureté de la vie à l’époque Meiji, il croit aux vertus du travail et de la science, d’ailleurs dans le monde en plein changement dans lequel il vit, tout le monde croit aux vertus du travail et de la science.
      Fukushima, ce sera cent ans plus tard.

      j’aime la poésie simple et humble qui se dégage du Diamant de Bouddha, retrouvé sur mes étagères, et je vais lire ses autres oeuvres, la plupart publiées à titre posthume : elles disent sa terre natale, la nature et les tempêtes de neige, le vent, les petites gens…

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