Intelligence de la musique…

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En pleine lecture du plaidoyer de Nikolaus Harnoncourt pour une « nouvelle conception de la musique », j’entends sur France Musique Stéphane Goldet souligner que le Quatuor Ebène, qu’elle reçoit samedi 11 février, a été classé en 3ème position lors d’une audition comparative à l’aveugle par une revue qui lui reproche « de dévoiler trop d’intentions, de saisir la partition avec brutalité » dans l’interprétation du Quatuor à cordes n° 15 en ré mineur de Mozart. Or, celle-ci explique que les « brutalités » que l’on peut entendre sont en fait toutes voulues par le compositeur qui a pris le soin, contrairement à l’usage de l’époque, d’annoter précisément la partition d’indications, tant « le quatuor lui tenait terriblement à coeur ».

« Je pense que nous comprenons aussi peu Mozart que Monteverdi, lorsque nous le réduisons uniquement au « beau », ce qui – je pense – est habituellement le cas. Nous allons à Mozart pour le plaisir, pour nous laisser charmer par la beauté. On entend sans cesse parler, lorsqu’il s’agit de décrire de « belles exécutions » mozartiennes, d’un « bonheur mozartien » ; c’est presque une formule stéréotypée. Mais lorsqu’on y regarde de plus près et qu’on étudie les oeuvres pour lesquelles elle est employée, il faut alors se demander : pourquoi « bonheur mozartien » ? Les contemporains décrivaient la musique de Mozart comme étant extrêmement contrastée, criarde, troublante, bouleversante ; c’est d’ailleurs sur ce point que la critique de l’époque lui cherche querelle. Comment a-t-il donc pu arriver que l’on réduise précisément cette musique au « bonheur », au plaisir esthétique ? Peu après avoir lu un article sur une telle exécution et sur le « bonheur mozartien », je faisais travailler à mes élèves une sonate pour violon de Mozart, écrite sur une mélodie française. Elle fut d’abord très joliment jouée – je dirais que la violoniste communiquait le « bonheur mozartien ». Puis nous avons travaillé cette sonate et remarqué à quel point cette pièce « rentrait sous la peau ». Elle ne recèle pas que le « bonheur mozartien », mais toute la gamme des sentiments humains, du bonheur à la tristesse, jusqu’à la souffrance. Mais il me faut parfois me demander si je peux vraiment conseiller à un élève de travailler dans cette direction. Car si les gens vont au concert pour jouir du « bonheur mozartien » et reçoivent à sa place – peut être – une vérité mozartienne, il se pourrait que cela les dérange, que l’auditeur se refuse à accepter cette vérité mozartienne. Le plus souvent, nous voulons écouter et vivre quelque chose de précis, à tel point que nous avons perdu l’attitude curieuse de l’auditeur ; peut-être même ne voulons nous plus du tout entendre ce qui nous est dit par la musique.

Notre culture musicale doit-elle se réduire à ce que nous cherchions un peu de beauté et d’apaisement après une journée riche en travail et en conflits ? Cette musique n’a-t-elle donc pas davantage à nous offrir ? »

Nikolaus Harnoncourt, Le discours musical


Illustration retransmise depuis chez  Télérama : Nikolaus Harnoncourt en 2000.

L’émission, le quatuor Ebène et les commentaires de Stéphane Goldet :
Wolfgang Amadeus Mozart
Quatuor à cordes n° 15 en ré mineur K. 421
I. Allegro / II. Andante / III. Menuet – Trio / IV. Allegretto ma non troppo

Quatuor Ebène

 

 

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2 commentaires
  1. On a tous une idée de Mozart (mais « Le Requiem », est-ce le bonheur ?).
    L’intérêt de la musique contemporaine, c’est vraiment la surprise…

    • @dominique hasselmann : je me rends compte qu’on a beaucoup d’idées sur beaucoup de choses… et qu’il est difficile d’écouter vraiment.
      parfois, en musique, j’ai l’impression de ne rien entendre…

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