De l’inconvénient de lire du Krimi…

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En allemand, les Krimi ce sont les polars.

Je n’en raffole pas particulièrement, surtout dans leurs formes actuelles. Je me contente des grands auteurs comme Hammett, Chandler ou McBain ou le hard-boiled Mickey Spillane, pour ne citer qu’eux. Lorsque je suis en forme, je plonge dans James Ellroy ou John Le Carré. Je les lis en anglais.

J’ai commencé à lire les auteurs allemands en bilingue avec un roman délicieux de Joseph von Eichendorff, Aus dem Leben eines Taugenichts (Le roman d’un bon à rien).
Puis avec un dictionnaire, j’ai lu du Heinrich Böll ; je n’ai pas compris grand chose à Die gesammelten Schweigen des Doktor Brühl, mais l’atmosphère était magnifique.
Ensuite encore un polar intellectuel de Friedrich Dürrenmatt, Der Richter und sein Henkel, que je relirai volontiers.

Une Allemande m’avait conseillé, pour commencer à lire en allemand dans le texte et sans dictionnaire, de m’attaquer au Krimi, sans doute parce que le récit est assez factuel et les développements philosophiques limités.
Et elle m’a offert un bouquin de Kathy Reichs, Totglaubte leben länger, avec un titre que je trouvais évocateur de Fritz Lang (sans doute un effet de mon optimisme naturel, car cela n’avait rien à voir).
C’est ainsi que le premier mot que j’ai appris était die Leiche (le cadavre), le deuxième die Knochen (les os). Puis toutes les parties du corps humain susceptibles d’être décrites dans le cadre d’une analyse médico-légale.
Ma lecture suivante fut un Harlan Coben dont le seul intérêt pour moi était sa traduction en allemand. De ce roman, j’ai retenu le mot soutien-gorge, der BH pour der Büstenhalter.

J’ai beaucoup apprécié la transition opérée grâce à la lecture de Zwischen Neun und Neun du fantastique Leo Perutz, très écrit, qui m’a fait davantage travailler sur la structure de la phrase. Dans presque la même veine, j’ai ensuite lu d’Erich Kästner, Drei Männer im Schnee, un peu l’équivalent bavarois de Three Men in a Boat de Jérôme K. Jérôme.

Il y a quelques mois, tombant sur une traduction allemande, j’ai lu mon premier polar suédois du célèbre tandem Sjöwall/Wahllöö ; le livre date de 1968, et m’a pas mal plu.
J’ai ainsi pu ajouter à mon vocabulaire les termes der Bericht (le rapport), ou l’amusant  der Tatort, soit Ort : le lieu, Tat : l’action, donc la scène du crime…. alors que j’étais persuadée qu’il s’agissait du nom du commissaire héros de la série allemande diffusée sur les chaînes françaises depuis le milieu des années 70.

Hier soir, lisant la traduction d’un polar américain de  Carlène Thompson, je suis tombée sur  Überfall, dont j’ai compris qu’il était synonyme de Vergewaltigung. Mais j’ignorais qui avait le sens le plus large ; intuitivement, je penchais pour Überfall, à cause de sa construction sémantique moins technique.

En vérifiant ce matin, j’ai découvert que die Überfall signifiait  l’attaque et que die Vergewaltigung se traduisait par le viol ce que j’aurais dû deviner arrivée à la page 70 de Heute Nacht oder nie (Tonight you’re mine).
C’est cela que j’aime dans la lecture sans dictionnaire : ce léger flou dans le récit…


Illustration : en passant par le site de Télérama, un peu de pub pour l’anthologie de Vincent Platini sur le récit policier sous le IIIème Reich (non lu)

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3 commentaires
  1. Aldor a dit:

    Ton texte est comme du Mallarmé : des mots qui se suivent et sonnent joliment et restent incompréhensibles. Mais ça fait très plaisir à lire et à essayer d’entendre dans sa tête…

  2. Pour compléter en allemand votre vocabulaire anatomique, médico-légal et un brin scatologique (à supposer que ce soit nécessaire), lire en allemand (ce dont je suis malheureusement incapable) la poésie de Gottfried Benn qui a été traduite par Jean-Charles Lombard (Seghers, Paris, 1965 – collection : Poètes d’aujourd’hui, n° 134 ). Gottfried Benn avait la double qualité d’être poète expressionniste et dermatologue ce qui lui a permis d’user et abuser du vocabulaire anatomique et médical dans ses poèmes et il a servi un moment dans l’armée allemande comme engagé volontaire dés 1914.
    J’avais il y a 3 ans écrit un article sur mon blog à son sujet après l’avoir découvert par hasard en m’intéressant au symbolisme belge (Par une étrange coïncidence, il avait logé pendant la guerre dans l’ancien atelier du peintre symboliste belge Fernand Khnopff). Le lien pour cet article est : https://enkidoublog.com/2014/04/05/poesie-de-la-desesperance-gottfried-benn-poete-et-dermatologue/
    Heureux de constater que vous aviez rempilé dans la blogosphère Enki

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