Chanter Dieu, l’amour et la mort…

kathleen ferrier« Savoir si Kathleen Ferrier fut ou non la meilleure chanteuse de musique classique anglaise du vingtième siècle est une discussion vaine.
Certains se demandent même si c’était la meilleure contralto. Sa voix et ses capacités d’interprétation étaient limitées. Les critiques n’ont pas tous été tendres avec elle (« cette chanteuse goitreuse au mugissement de contralto », New Statesman). Neville Cardus, critique musical au Manchester Guardian, originaire lui aussi du Lancashire et son grand admirateur, a admis, par exemple, que ce n’est pas un hasard si ses deux seules tentatives à l’opéra, dans les rôles-titres de l’Orfeo et de Rape of Lucretia de Benjamin Britten, furent des compositions requérant un noble maintien et peu de coquetterie : « Elle n’avait aucun côté glamour dans son art et manifestait peu d’érotisme. »
Là encore, quelle doit être l’étendue obligée du répertoire d’un chanteur ? Kathleen Ferrier savait ce qui lui convenait et ce qui ne lui convenait pas , pour son corps et sa voix. Verdi était hors de question, même le Requiem – sa voix n’était pas suffisamment dure. Elle a été tentée par Wagner mais a résisté, même à l’invitation d’Herbert von Karajan à Bayreuth, elle était d’ailleurs trop malade pour en accepter l’offre.
Elle a chanté principalement Haendel, Bach, Schubert, Schumann, Elgar et Mahler – Dieu, l’amour et la mort – plus une sélection d’arrangements de chansons folkloriques britanniques qui lui ont acquis une audience populaire. D’un côté, Ye Banks and Braes, de l’autre les Kindertotenlieder de Mahler, ses « Chants des enfants morts ».
Elle et son principal mentor, Bruno Walter, ont introduit la musique vocale de Mahler dans le répertoire britannique avec l’exécution du Das Lied au premier festival d’Edimbourg en 1947. Bruno Walter avait été l’élève et l’ami de Mahler. Il a dirigé la première exécution du Das Lied en 1911 à Vienne l’année de la mort du compositeur (qui n’a pas vécu suffisamment pour l’entendre).
Après la mort de Kathleen Ferrier, Walter a confié que ses deux plus grandes expériences musicales furent d’avoir connu Kathleen Ferrier et Gustav Mahler, « dans cet ordre ». »

Ian Jack, Klever Kaff, Editions Allia


Illustration : Kathleen Ferrier, sur Contraltocorner.com

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2 commentaires
  1. Timothy Price a dit:

    Nice write up. I had heard her name, but I am not very familiar with her music.

    • Thank you, Tim! She was the first classic female singer I discovered and was very moved by. And her life is kind of tragic: she was said to be very unhappy in her mariage, feared the cancer and died from it at the age of 41. It seems that you can hear this sadness in her voice, and in the same time, as the picture shows well, her faith in life…

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