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Tim vit aux Etats-Unis, dans l’état du Nouveau Mexique. Je suis son blog depuis un petit moment, j’apprécie beaucoup ses photos et les récits de sa journée ou les souvenirs de ses séjours en Europe. Il y a quelques jours, il a publié de magnifiques photos accompagnées d’un poème qui m’a beaucoup touché. J’ai cherché …

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« J’étais Genevoise montée à Paris, bimbo devenue bombe, écervelée passée à comique, starlette de la télé-réalité, à célébrité dans Libé. Je ne suis plus que beurette en prison. Putain de ma race. Thomas, mon amour, qu’est-ce que je fous là ? Dire que je voulais me ranger avec toi, qu’on soit beaux et célèbres et amoureux ensemble, mais non, on n’aura été que gros losers arrêtés en si bon chemin par  diverses sales substances. Thomas, j’ai froid, et faim, je veux un café au lait, comme avant, avec maman, et des croissants, comme avant que mon ventre reste plat grâce au jus de pamplemousse et à tout le reste. Thomas, si tu savais comme j’en ai rien à cirer de toi et de mon corps, en ce moment.

Faut pas que tu crèves, mec, sinon je te tue. Tu aurais dû me protéger, me masser les pieds, m’écrire une chanson mieux que celle de Sofiane, au lieu de plonger avec moi, de me mettre le nez dedans, de m’encourager à en fumer, à en sniffer, à en bouffer encore. Tout s’écroule, mec, tout, j’avais si bien travaillé, surmonté les obstacles qui me barraient la route, et là tout s’écroule, tu comprends ce que ça veut dire? Toi, t’es dans ton hôpital à la con, tu vas guérir et faire ta victime, et redevenir personne comme avant que je croise malencontreusement ton chemin. «Malencontreusement», ça me sert à quoi maintenant ce pauvre mot, dans cette prison pourrie avec moi pourrie, glacée et pas maquillée dedans. Je suis seule comme une chienne abandonnée, c’était pour ne pas risquer de me faire casser la gueule par les malades des cellules d’à côté, ces jalouses qui n’ont rien su faire de leur vie, heureuses de me voir chuter parmi elles, parce que c’est tellement plus facile de faire tomber les têtes qui dépassent que de s’élever jusqu’à elles. C’est pas mal ça comme phrase, hein, «faire tomber les têtes qui dépassent plutôt que de s’élever jusqu’à elles», je te l’avais déjà sortie l’autre soir mais tu n’écoutais pas, t’étais là à parler non-stop de tes pensées profondes de coké à toi, qui sérieusement étaient nulles, mais nulles comme t’as pas idée.

Thomas, t’imagines, moi en prison!? Même pas en rêve, même pas en cauchemar. Tu crèves pas. Tu te relèves et t’inventes un truc qui tienne la route, pas une de nos conneries d’agression par des tiers. On va dire que c’est la drogue qui rend fou. C’est vrai, ça rend fou, je donnerais tout pour un de mes gros remontants, pourquoi est-ce que ça s’achète si facilement, cette saloperie? Pourquoi est-ce que les flics, ils n’empêchent pas les dealers de se balader avec leur matos pourri? C’est pas de ma faute, merde.

Thomas, je ne vais pas me suicider, je les emmerde tous avec leur plaisir de me voir chuter. Je suis une beurette, pas pour le côté loser de celles qui vivent en banlieue, mais pour le côté sale caractère de celle qui ne se laisse pas faire. Si tu crèves pas, je fais de la prison, mais pas trop longtemps. Ce sera ma cure de désintox, je ferai des pompes et des squads dans mon 4 mètres carrés, je lirai la Bible et des livres intelligents et je ressortirai aussi bombe qu’avant, même plus. C’est pas «plus dure sera la chute», mec, c’est «plus haute sera l’ascension». Note. »


 

Mélanie Chappuis, journaliste au Temps, s’est mis dans la tête de Nabilla.
Sous l’humour, des notations d’une grande justesse et qui touchent au coeur.
Cela dit, sans télévision, jamais vu la dite Nabilla faire son cirque, ce qui peut expliquer mon intérêt…

L’article du Temps, ici.