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« Moby Dick n’est plus une baleine blanche, mais une baleine blanche avec grief – son intelligence devrait y gagner, à croire que l’apparition d’une conscience dans l’histoire de l’Evolution a été déclenchée un beau matin par la rancune : avant ça, une adorable bêtise opulente de mammifère ; après ça, les débuts de l’intelligence tourmentée, …

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FRANCE - ERIK SATIE  maison-d-erik-satie-a-arcueil1945doisneau-jpeg

Blaise Cendrars

« De l’allée des Veuves aux Pavillon des Délaissés, l’écart n’est que d’un petit siècle, et malgré la longueur du trajet par les souterrains, cet écart était absorbé si je m’enfournais avenue Montaigne, où j’habitais, dans la bouche d’un grand collecteur, avec mes amis, les égouttiers, pour émerger dans les anciennes carrières de Montrouge, porte d’Orléans, sortant des catacombes sans âge de Paris pour m’engager dans cette sente tortueuse, également sans âge (en somme, le tracé sud des Romains, leur voie d’invasion) qui traverse les terrains vagues chers aux campements gitanos, en direction d’Arcueil, où je pensais pouvoir surprendre un jour Erik Satie chez lui.
J’ai tenté plusieurs fois l’aventure, mais chaque fois Erik Satie ne répondait pas à mes appels, pas plus qu’il n’a jamais ouvert la porte à personne de son vivant, l’homme au cul-de-poule et au parapluie, le bon maître et chef d’école, le plus grand musicien français, le plus moderne, le seul musicien dont on n’est pas obligé d’écouter la « musique d’ameublement » en se tenant la tête entre les mains, membre du parti communiste à une époque où aucun artiste d’avant-garde n’en faisait encore partie, le chef de l’orphéon d’Arcueil-Cachan, défendant farouchement son indépendance vis-à-vis de ses amis et des importuns de Paris, pas snob pour un sou, comme Cézanne ayant horreur qu’on veuille lui mettre le grappin dessus, à son âge mûr comme au temps de sa jeunesse, quand il tenait le piano au Chat Noir, toujours prêt à épater le bourgeois, et chaque fois, je m’en retournais, non pas déçu, mais amusé par cette mentalité typique de banlieusard, et je m’en revenais sur mes pas en flânant, m’engageant dans de nouvelles sentes mal tracées à travers des jardinets qui descendaient jusqu’à la Bièvre et, sur l’autre rive, dans de nouvelles rues et des avenues à moitié construites, bordées de pavillons qui me menaient à la Gare de Gentilly où je prenais le train pour rentrer et débarquer Gare du Luxembourg, et j’étais sûr de rencontrer Satie à proximité et de passer la nuit avec lui, à la terrasse d’une brasserie du Boul’ Mich’ ou de Montparnasse. »

Blaise Cendrars, La banlieue de Paris
Blaise Cendrars parle d’Erik Satie


Illustration 1 : Erik Satie
Illustration 2 : L’immeuble 34 rue Cauchy à Arcueil (Val de Marne) où Satie a vécu 30 ans, photographie Robert Doisneau, 1945
Illustration 3 : Blaise Cendrars

vanstratenzonzonpepette

« On a la gueule qu’on peut. Avec ses yeux très clairs et sa barbe à frisettes, ce grand maigre ressemblait aux Bons Dieux qu’on voit dans les églises. À cela, elle ne trouva rien à redire. Pour le reste, c’était un type pareil aux autres qui lui payait un verre et, tantôt, la tripoterait sans doute sur un lit, à moins qu’il n’attrapât la flemme et simplement la plantât là. Ce sont des choses qui arrivent. D’ailleurs, il avait payé d’avance : une couronne.

Ce qui est sûr, c’est qu’il aimait beaucoup à causer. Il arrivait d’en France. Il avait pris cinq minutes à le raconter. Il avait dit aussi :
– Mademoiselle, moi, je suis anarchiste.
Et comme Zonzon avait répondu :
– Peuh ! j’emmerde ces gens-là.
il en était à préciser :
– Mademoiselle, quand je dis anarchiste,entendez que je suis anarchiste-chrétien.
– Oh alors ! concéda Zonzon, qui après tout s’en fichait.

On aurait pu croire que, d’accord sur ce point, ils s’entendraient, au plus vite, pour le reste. Et pas du tout :
– Mademoiselle, reprit-il,connaissez-vous Tolstoï ?
– Tolstoï, voyons ? Non, elle ne connaissait pas Tolstoï.
Du moins, elle ne s’en souvenait pas.
– En tout cas, fit-elle, tu peux m’amener ce type.
Ce qu’elle disait était simple : l’homme en parut surpris. Il la fixa de ses yeux clairs :
– Mademoiselle, si je vous ai invitée, ce n’est pas pour ce que vous croyez.
– Non ? commença Zonzon. Tu ne penses cependant pas que pour ta couronne…
Il ne la laissa pas finir.
– Mademoiselle, ce que je voudrais, c’est vous faire avoir honte.
– À moi ! dit Zonzon.
On ne lui avait jamais proposé cet ouvrage. Après tout, s’il aimait ça !
– Bon, dit-elle, si tu veux, j’accepte que tu me fasses avoir honte. Mais il faudrait arrondir ton petit cadeau.
Il sortit une autre couronne :
– Ceci, expliqua-t-il, c’est uniquement pour votre temps. Le reste, Mademoiselle, je n’en userai pas. Nous causerons.
Ah ! bon, elle comprenait : on rencontre, parfois, de ces maboules à qui parler suffit, auprès d’une femme.

Elle se cala, bien d’aplomb :
– Vas-y, mon vieux
– Mademoiselle, commença-t-il, je disais tout à l’heure que je suis anarchiste, anarchiste-chrétien. Je devrais dire plutôt anarchiste-amoureux. J’ai pour l’humanité de l’amour plein le cœur…
– Oui, approuva Zonzon.
– Les hommes sont frères, et vous, ô ma sœur, c’est comme ma sœur que je vous aime.
– Oui.
– Ne vous arrive-t-il pas de penser au temps où vous étiez une petite fille innocente et jolie.
– Oui… oui…
Elle le laissa aller : il ne faut jamais contrarier les maboules ; il parlait bien d’ailleurs. Tout de même, comme une fois il avait prononcé le mot« prostituée » et qu’il y revenait, elle pensa se fâcher :
– Mon P’tit, je sais que c’est comme ça qu’on nous appelle à la police. Mais c’est pas vrai. On est, nom de Dieu, une femme avec un cul comme toutes les autres.
– Mademoiselle, dit-il, ne vous emportez pas. »
(…)

André Baillon, Zonzon Pépette fille de Londres
Illustration : Henri Van Straten, gravure 1927

On peut télécharger le livre ici : Feedbooks

Je plie dans des cartons les couleurs de la maison.

Je range les livres, sans prendre le temps d'admirer leur couverture, plutôt préoccupée de leur format.
Je place les nombreux CD, jazz, classique, rock, funk, musiques d'Argentine, du Brésil, de Russie, ...
Je n'oublie pas les DVD.
Les dessins des enfants, les tableaux des amis, les gravures de mon frère.
Le vert des plantes rescapées de mes doigts pas très verts, eux...
Le zinzolin de ma théière préférée, soigneusement emballée à côté de mes mugs, mandarine, vert glauque ou pistache, bleu électrique ou brun chocolat, fraise écrasée...

L'essentiel est fait, ne reste plus qu'à s'occuper des quelques meubles et du lit, bien nommés accessoires.

Sing Sing Song

O., brandissant une série de photos d’identité toute fraîche sortie du Photomaton :

« Dès que tu entres dans la cabine, y’a une espèce de bonne femme hystérique qui se met à crier : comme ça, tout le quartier sait que tu fais des photos… »

« Asseyez-vous ! Ne bougez pas ! Ne souriez pas ! … »

« Voilà le résultat. »

Effectivement, sur le cliché, le beau gosse a l’air de quelqu’un qui va sortir (ou entrer) à Sing-Sing.