archive

Archives Mensuelles: mai 2015

Isola_dei_Morti_IV_(Bocklin)

« Retirado en la paz de estos desiertos,
con pocos, pero doctos libros juntos,
vivo en conversación con los difuntos
y escucho con mis ojos a los muertos.

Si no siempre entendidos, siempre abiertos,
o enmiendan, o fecundan mis asuntos ;
y en músicos callados contrapuntos
al sueño de la vida hablan despiertos.

Las grandes almas que la muerte ausenta,
de injurias de los años, vengadora,
libra, ¡oh gran don Iosef!, docta la emprenta .

En fuga irrevocable huye la hora ;
pero aquélla el mejor cálculo cuenta
que en la lección y estudios nos mejora.

Dans ces déserts et leur paix retiré,
de rares et doctes livres entre les mains,
je vis dans le commerce des défunts,
et de mes yeux j’entends les morts parler.

Sinon compris, sans cesse fréquentés,
ils amendent ou fécondent mes desseins ;
et par muets contrepoints musiciens
au songe de la vie parlent éveillés.

L’imprimerie, Oh grand Joseph, nous rend
les grands esprits effacés par la mort ;
elle venge les injures des ans.

L’heure s’enfuit en fuite sans remords
mais il faut la marquer d’un caillou blanc
celle qui par l’étude rend plus fort. »

Francisco de Quevedo, Desde La Torre in Les Furies et les Peines,  Poésie/Gallimard, traduction Jacques Ancet.

(*) et de mes yeux j’entends les morts parler


Illustration : Arnold Böcklin, L’île aux morts, version de Bâle, 1880, source Wikipedia

Publicités

Dans le Canard enchaîné de cette semaine, page 5.

Un dessin titré « Le Pape canonise quatre religieuses » montre Kim Jong-un, les pieds sur son bureau officiel, en train de lire le journal et s’exclamant : « J’ai fait pareil avec mon ministre de la Défense… Tu parles d’une histoire. »

C’est signé J. Larabie.


Illustration : Albrecht Dürer, Der heilige Hieronymus im Gehäus/Saint Jérôme dans son étude, 1514, source Wikipedia.

la-marquise-casati-man-ray-1922

« Amantito, amantito
amante, amante,
las pestañas me estorban
para mirarte.

Petit amant, petit amant,
mon amant, mon amant,
les cils me gênent
pour te regarder.

(…)

Los ojitos de mi cara,
¿quién me los quiere comprar?
los vendo por traicioneros,
porque publican mi mal.

Les yeux de mon visage,
qui veut les acheter ?
je les vends comme traîtres,
car ils publient mon mal.

(…)

A la mar fueron mi ojos
por agua para llorar,
y se volvieron sin ella,
porque estabo seco el mar.

A la mer s’en furent mes yeux
en quête d’eau pour pleurer,
s’en revinrent sans elle
car la mer était sèche. »

In Coplas, poèmes de l’amour andalou, traduction Guy Lévis Mano, Editions Allia

(*) Ante mis ojos : sous mes yeux


Illustration : la marquise Casati, Man Ray, 1922, trouvée ici

oiseaux-barbara-govin7
Des pies sur les toits
des moineaux dans l’herbe
des étourneaux dans l’arbre
des tourterelles quelque part
et des corneilles un peu partout

7 heures du matin, les oiseaux des villes ont déjà commencé à craqueter, pépier, siffler, roucouler, croasser leur journée.


Illustration : photo piquée sur le blog de Barbara Govin, illustratrice du livre Oiseaux des villes

gallen kalela_clous above a lake
« Nous pêchâmes des perches multicolores qui, posées sur l’herbe, frétillaient et étincelaient autant que les coqs des contes japonais : un gardon gris étain, des grémilles avec deux petites lunes en guise d’yeux, des brochets qui faisaient cliqueter vers nous leurs dents fines comme des aiguilles.
L’automne mariait soleil et brumes. Les arbres effeuillés de la forêt laissaient voir de lointains nuages et un ciel d’azur, profond.
La nuit frôlait l’horizon, les étoiles tremblaient, tressaillaient dans les buissons qui entouraient notre campement.
Nous tenions le feu allumé jour et nuit afin d’éloigner les loups. Au loin, de l’autre côté du lac, ils poussaient de faibles hurlements, inquiets de la fumée, des cris et des rires des hommes.
Nous étions persuadés que le feu effrayait les animaux. Un soir, pourtant quelque chose se mit tout à coup à renifler furieusement dans l’herbe près du feu. L’animal resta invisible.
En alerte, il courait tout autour de nous, s’ébrouait rageusement et bruyamment dans les hautes herbes, sans pour autant laisser pointer une oreille.
De la poêle où cuisaient des pommes de terre s’échappait une odeur fine et agréable ; elle avait manifestement attiré l’animal.
(…)
Ce soir-là, tout ce qui nous entourait nous paraissait insolite : la lune tardive qui étincelait au dessus des lacs obscurs, les nuages qui s’élevaient pareils à des montagnes couvertes de neige rosée ; et même le mugissement familier des grands pins.
(…), le premier, entendit l’animal renâcler et nous fit taire. Le silence s’installa.  Chacun retint sa respiration mais ne put s’empêcher de tendre le bras vers son fusil à deux coups. Dieu sait à quel animal nous avions à faire !
Une demi-heure plus tard, un petit museau noir et humide semblable à une truffe de cochon dépassa de l’herbe. Et huma longuement l’air en frémissant d’impatience. Puis, nous vîmes apparaître une gueule effilée, des yeux noirs pénétrants et, pour terminer, une fourrure rayée.
Un petit blaireau émergea des broussailles. Il marqua l’arrêt et m’examina attentivement. Puis il s’ébroua d’un air dégoûté et s’avança en direction de la poêle. »
Constantin Paoustovski, La tanche d’or, traduit du russe par Alain Capon, Editions de l’Aube


Illustration : Nuages au-dessus d’un lac, Akseli Gallen-Kallela, 1904-1906

(*) Le titre vient de l’expression de Georges Nivat, qui préface l’ouvrage.

Jeune-fille-avec-son-chat-Indonesie-Arief-Siswandhono

Lewis Carroll (à Mary Mac Donald)

« … Je voudrais bien savoir pourquoi vous vous accusez d’être « méchante » sous prétexte que vous ne m’avez pas écrit plus tôt : Méchante ? Allons donc ! Ne dites pas de sottises ! Croyez-vous que, moi, je m’accuserais d’être méchant si je ne vous avais pas écrit, mettons depuis cinquante ans ? Pas le moins du monde ! Je commencerais comme si de rien n’était : « Ma chère Mary, vous m’avez demandé, il y a cinquante ans, ce que vous deviez faire pour votre chaton qui avait mal aux dents, et je viens juste de m’en souvenir. Peut-être le mal de dents a-t-il disparu aujourd’hui… Sinon, prenez le chaton, lavez-le soigneusement dans de la bouillie de farine au lait, donnez-lui quatre pelotes à épingles cuites dans de la cire, et trempez-lui vivement le bout de la queue dans du café très chaud. Il n’y a pas d’exemple que ce remède ait jamais échoué. » Et voilà ! C’est ainsi qu’il faut écrire ! »

in De l’Hydromélanophobie, petite anthologie de la Procrastination épistolaire, Les Carnets de Baudasser n° 12, Pierre Laleure à Ambialet


Illustration : Jeune fille avec son chat, Indonésie, Arief Siswandhono
source : http://www.vincentabry.com/une-selection-des-12-plus-belles-photos-du-concours-international-sony-2015-46503